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Extension du marché carbone : le jour où Macron et Bayrou ont dit non à quatre ministres
En mai 2025, quatre ministres pressaient l'Elysée et Matignon de mettre en œuvre le second marché carbone, dans un courrier que révèle POLITICO. En vain. Leur objectif : dégager très vite des recettes en faveur de la décarbonation.
Published Sunday, 26 July 2026 at 16:10
PARIS — Lorsqu’a éclaté la guerre au Moyen-Orient fin février, et que les prix à la pompe ont explosé, le gouvernement a proposé un plan d’électrification permettant de réduire notre exposition aux énergies fossiles, pour le pouvoir d’achat et le climat. Mais faute de moyens à y consacrer, le plan doit se faire à moyens constants. Il y environ un an, pourtant, quatre ministres proposaient une piste pour injecter 1,2 milliard d’euros supplémentaires par an dans la décarbonation, et dans l’électrification en particulier. Dans une lettre obtenue par POLITICO, et datée du 26 mai 2025, Eric Lombard (Economie), Amélie de Montchalin (Comptes publics), Agnès Pannier-Runacher (Transition écologique) et Marc Ferracci (Energie) pressaient Emmanuel Macron et François Bayrou de mettre en œuvre l’extension du marché carbone européen. La réforme, explosive, a été pour l’instant rangée dans un tiroir. Leur courrier faisait suite au conseil de planification écologique de mars 2025 qui, regrettaient-ils, “n’a pas permis d’échanger sur cette perspective”. Aucun des quatre intéressés, tous contactés par POLITICO, n’a souhaité faire de commentaire. Tous les ingrédients du “backlash” Le quatuor recommandait à l’Elysée et Matignon d’oser instaurer l’ETS2, l’extension du marché carbone européen, aux transports routiers et aux bâtiments. Malgré une échéance fixée en juin 2024, la France est l’un des seuls pays de l’Union européenne à ne pas avoir transposé cette directive. Comme 18 autres Etats, elle n’a pas non plus soumis son plan pour l’utilisation du Fonds social pour le climat, censé aider les plus modestes. Le retard est pour l’instant sans conséquence puisque le marché carbone, censé s’appliquer au 1er janvier 2027, a finalement été reporté d’un an. Il faut dire que la réforme est très sensible. Elle va alourdir le coût d’un plein à la pompe ou d’un chauffage au gaz ou au fioul, l’idée étant d’inciter les ménages à passer à l’électrique. Appliquée telle quelle, elle augmenterait les prix de l’essence en France de 12 à 15 centimes d’euros par litre, d’après les calculs des ministres. Et ce n’est pas tout : décidé à Bruxelles, rappelant la taxe carbone, qui avait poussé les Gilets jaunes sur les ronds-points, l’ETS2 réunit tous les ingrédients d’un dossier politiquement inflammable. Le Rassemblement national ne s’y est d’ailleurs pas trompé et demande sa suppression. 1,2 milliard d’euros dès 2026 Mais dans ce courrier, les quatre ministres s’attachaient à présenter l’ETS2 comme une opportunité. Car la réforme devrait générer beaucoup de recettes. Une partie ira directement dans le budget de l’Etat — environ 7,3 milliards d’euros, selon une estimation du Conseil des prélèvements obligatoires. Une autre abondera au niveau européen le Fonds social pour le climat. Cette seconde enveloppe a l’avantage de devoir être obligatoirement affectée à la transition et d’être disponible avant même l’entrée en vigueur du marché carbone, à condition d’avoir tout transposé. En adoptant la directive dans le droit français, le gouvernement aurait bénéficié dès 2026 “de 1,2 milliard d’euros par an de versements du fonds social climat”, rappelaient les ministres. Et de suggérer que “la communication autour de ce fonds pourrait accompagner politiquement la transposition”. De quoi aider financièrement des ménages à sortir des énergies fossiles, en renforçant le leasing social des voitures électriques, les aides aux pompes à chaleur ou encore le chèque énergie. Soit peu ou prou ce que le gouvernement tente de faire aujourd’hui avec le plan d’électrification, mais sans argent. Les ministres faisaient aussi valoir d’autres arguments, d’ordre climatique, industriel et géopolitique, sous peine de “fragiliser notre relation avec l’Allemagne” et “nous affaiblir vis-à-vis de la Commission”. Une compensation quasi intégrale Pour ne pas trop pénaliser ménages et entreprises, les ministres proposaient une voie de passage. “La crainte attisée par
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