Politico Europe· Politics
L’Europe veut sortir de sa dépendance à Palantir
Cette entreprise américaine spécialisée dans le traitement des données est profondément impliquée dans les processus européens les plus sensibles, qu'il s'agisse des forces de l'ordre, des services de renseignement ou du secteur de la santé. Il ne sera pas facile de lui trouver des alternatives.
Published Friday, 7 August 2026 at 03:00
BRUXELLES — Lorsque les responsables de la sécurité français et allemands ont annoncé le mois dernier leur intention de mettre en place une “infrastructure numérique européenne souveraine”, les initiés des secteurs de la technologie et de la défense des deux côtés de l’Atlantique ont tout de suite compris ce qu’ils voulaient vraiment dire : “Adieu Palantir”. Partout en Europe, on recherche activement des alternatives à cette société américaine spécialisée dans l’analyse de données, que de plus en plus de responsables gouvernementaux jugent trop impliquée dans certains des domaines les plus sensibles de l’action publique, allant des services de police locaux et du renseignement international à la défense nationale et aux systèmes de santé. Mais il sera extrêmement difficile pour l’Europe, dans sa quête de souveraineté numérique, de se passer de Palentir, dont l’expertise en matière de données, largement inégalée, a pris une place essentielle dans les procédures quotidiennes. “Soyons honnêtes, le produit de Palantir est très bon et addictif, c’est un peu comme le sucre dans le Coca”, reconnaît le député MoDem Philippe Latombe, défenseur français de la souveraineté numérique. “Palantir est capable de traiter d’énormes quantités de données avec une grande précision et, grâce à son expérience, l’entreprise a eu le temps d’améliorer ses algorithmes auprès de nombreux clients et de les adapter à de nombreux cas d’utilisation.” Pourtant, la volonté de se libérer de Palantir gagne tout le continent : de Madrid, où le gouvernement de Pedro Sánchez a ordonné aux entreprises publiques d’exclure Palantir des futurs marchés publics, jusqu’aux services de renseignement intérieurs français (DGSI), qui ont préféré l’entreprise française ChapsVision à Palantir. Au Royaume-Uni, le prochain test pourrait avoir lieu en février 2027, lorsque le nouveau gouvernement travailliste d’Andy Burnham devra décider s’il met fin au contrat de 330 millions de livres sterling conclu avec Palantir pour la plateforme fédérée de données de la Sécurité sociale (NHS). La décision prise le mois dernier par les services de renseignement français et allemands d’opter pour ChapsVision a porté un double coup dur à la direction de Palantir. Le PDG du géant américain, Alex Karp, est toutefois resté sûr de lui après ce revirement soudain, affirmant qu’il ne s’inquiétait pas de la concurrence européenne. “Nous avons un exemple de ce qui ne fonctionne pas”, a-t-il ironisé la semaine dernière sur Fox Business. “Ça s’appelle l’Europe.” Alex Karp, PDG de Palantir, est l’invité de l’émission « The Claman Countdown » aux studios de Fox Business Network. | John Lamparski/Getty Images Olivier Dellenbach, fondateur et PDG de ChapsVision, concède à POLITICO que son entreprise avait tiré profit de ce qu’il qualifie de “rejet viscéral de Palantir” en Europe. Il refuse toutefois que ChapsVision soit réduit à une simple alternative anti-Palantir. La souveraineté numérique, affirme-t-il, restera une formule creuse si les gouvernements ne la transforment pas en politique industrielle. “Il faut plus de commandes publiques”, estime Olivier Dellenbach. La Belgique, l’Allemagne, le Luxembourg, la Roumanie, les Pays-Bas et le Canada ont déjà manifesté leur intérêt pour le système d’IA “Artemis” de l’armée française, selon Patrick Moreau, l’un des architectes de cette solution développée par l’entreprise française d’aérospatiale et de défense Thales. “Ils veulent tous pouvoir choisir une solution souveraine compatible avec les normes de l’Otan”, fait-il valoir. “Contrairement à la ‘boîte noire’ de Palantir.” Mais pour l’instant, même les responsables qui souhaitent trouver des alternatives souveraines reconnaissent que le marché européen des soluti
This is a syndicated summary. Read the full story at the original publisher:
Read on Politico Europe →